Un passé Girondin retrouvé

Eléments palustres Pré et Protohistoriques


 

Lapartens   (Vendays)

Gironde


 

 
Découvert à l'occasion d'un reprofilage de la craste de la Barreyre qui l'avait entamé. 
Deux campagnes ont permis de reconnaître, sur une surface d'environ 75 m_, 
quatre structures principales clairement individualisées, constituées d'éléments 
de bois architecturés. 
La commune ayant procédé à l'achat de la parcelle adjacente afin de détourner la craste,
et les menaces les plus immédiates qui planaient sur le site ayant été ainsi levées,
l'opération s'est provisoirement arrêtée afin de procéder à la publication des premiers résultats.
 
La structure 1:
 
 
 Quadrangulaire, d'une emprise au sol d'environ 6 m², a donc été fouillée
jusqu'à la base et entièrement démontée. Deux faits importants ont été constatés. 
En premier lieu, il s'est confirmé que dans la construction avaient été inclus des bois travaillés 
dont la destination première n'était pas architecturale, en particulier un age d'araire,
 traversant obliquement l'édifice. Un autre élément d'araire - une sole en bois amovible 
a été dégagé , planté verticalement sur la façade orientale de cette même structure. 
En second lieu, l'organisation générale des bois de la structure 1 est beaucoup moins simple 
que ne l'aurait fait croire une observation superficielle. 
La disposition des éléments constitutifs reflète une séquence de dépôts empilés. 
A un moment qui reste à préciser, ces dépôts ont été confortés à l'ouest par quelques
pieux verticaux et contenus ou délimités, à la partie supérieure seulement, par une sorte de 
coffrage constitué d'éléments horizontaux. Les premières datations 14C, et surtout les 
observations préliminaires de l'étude dendrochronologique de B. Szepertyski, accordent 
à cette structure une étonnante longévité : 
les dépôts de bois s'y seraient succédé sur plusieurs siècles, édifiant ainsi progressivement 
ce curieux monumentdu Bronze moyen.
Vu la nature particulière de plusieurs des bois encastrés - fragments de pirogue, éléments d'araire 
on ne peut esquiver l'interrogation portant sur le sens de cet étrange édifice.
L'hypothèse rituelle ne peut être écartée, compte tenu de l'importance des dépôts palustres 
dans les cultures de l'Age du Bronze. 
 
La structure 2:
 
 Un peu plus récente d'après le 14C, appartient à la fin du Bronze moyen 
ou au début du Bronze final,du moins pour son étage supérieur
Plus petite que la précédente, elle est très différente. De forme trapézoïdale, elle est construite selon 
les principes du blockbau. Les bois, moins volumineux que ceux de la structure 1, sont disposés horizontalement, 
et assemblés aux angles par des biseaux ou des mortaises, fort bien ajustés. Le chêne constitue l'élément dominant ;
quelques éléments mineurs, surtout des cales, sont en bois blanc, aulne ou saule.
Ici, le centre de la structure est vide, hormis quelques bois probablement intrusifs.
L'hypothèse d'un bassin pourrait être, dans ce cas, retenue, d'autant que les interstices entre les bois étaient 
encore par endroits soigneusement colmatés d'un mélange de terre compacte et d'éléments végétaux. 
On n'oubliera pas, cependant, qu'un autre araire, de forme différente de celui de la structure 1, 
se trouvait intégré dans l'étage supérieur de la construction. Sa longueur nettement plus grande que celle 
des éléments constitutifs du coffrage, comme sa position oblique par rapport à l'axe de celui-ci, 
le font apparaître comme un élément particulier, ne correspondant pas à un simple remploi. Un autre bois travaillé,
planté le long de l'une des façades de la structure 2, n'a pu être dégagé. Les conditions de travail, exécrables 
à la fin de la campagne de fouille du fait des intempéries et de la montée rapide des eaux, n'ont pas permis 
le démontage complet de cette structure. Ses assises ont été laissées en place.
 
La structure 3:
 
S'organisait autour d'un noyau constitué de deux demi-troncs de chêne excavés.
A l'origine, ces deux demi-troncs étaient maintenus face à face, en position verticale, par des piquets plantés
dans le sol, mais, par l'effet de l'affouillement par le courant d'eau de la craste, l'un de ces demi-troncs s'était
légèrement incliné. Le dégagement de la terre boueuse environnante a fait apparaître, au voisinage immédiat, 
d'autres fragments de tronc(s) excavés dont certains confortaient la structure, et une longue portion de tronc,
également excavé, gisant en position horizontale au contact de la structure, et se prolongeant, sur plus 
de deux mètres de longueur, jusqu'à l'angle sud-ouest de la fouille. La partie bombée se trouvait au-dessus, 
la partie excavée regardant vers le sol. Après dégagement, on a pu constater qu'il s'agissait d'éléments de pirogue(s)
 dont l'un a conservé une partie du plat-bord. Un autre fragment, qui devait se situer vers l'une des extrémités,
 comporte sur sa face concave une mortaise rectangulaire en relief, percée d'un orifice borgne. 
Aucune datation 14C n'a encore été effectuée sur cette structure. Elle pourrait, elle aussi, appartenir à l'Age du Bronze.
 Sa fonction soulève les mêmes interrogations que les deux précédentes. 
 
La structure 4 :
 
Diffère totalement de ses voisines. Ici, contrairement aux structures 1, 2 et 3 qui ont utilisé 
principalement le chêne, ce sont les résineux qui dominent, avec de longues perches droites pouvant dépasser 3 m, 
taillées en biseau à l'extrémité ; le bois blanc, saule ou aulne, a également été mis à contribution. 
Lors de la première campagne, une première série avait été dégagée dans l'angle sud-est de la fouille. Elle se composait
de longs bois bien rangés parallèlement, par rang de taille décroissante vers l'est, suivant une orientation nord-ouest/sud-est.
lors de la seconde campagne, une nouvelle série, presque perpendiculaire à la première, a été mise au jour dans l'angle sud-ouest 
de la fouille. Contrairement à la précédente, elle a été perturbée par l'édification de la structure 3. 
Ses bois, qui se prolongent vers le sud-ouest au-delà des limites de la fouille, n'ont pu être entièrement dégagés.
Un reste de plancher (?) formé de demi-rondins de bois blanc, sur la bordure orientale de la structure 3,
semble être un vestige d'une première phase de construction correspondant à la structure 4. 
D'après les dates 14C, cet établissement est bien antérieur aux trois autres structures et appartient au Néolithique moyen. 
La disposition des bois qui le constituaient suggère qu'il pourrait s'agir, soit d'une préparation en vue de l'édification
d'une maison (?) sur un sol alors ferme, soit du démontage d'une construction préexistante. En faveur de cette hypothèse,
on retiendra la présence de trous de poteaux vides, reconnus  au nord immédiat de la première rangée de bois
néolithiques, ainsi que le rangement prémédité des longs bois, et la présence de chevilles en chêne. 
 
 
Auteur et responsable scientifique  : Julia ROUSSOT-LARROQUE (C.N.R.S)
Clichés :J.R.L et Cortex.
 Quelques un des artefacts trouvés en fouille:
http://cortex.blog4ever.com/blog/lesphotos-13280-16659.html
 

Les lecteurs seront peut=être intéressés d'apprendre que les bois travaillés (araires compris) démontés sur prescription officielle, ont été jetés à la décharge par l'autorité qui se trouvait en avoir la charge? Encore du passé girondin retrouvé... et reperdu bêtement!

 J.R.L.
 



 


Article ajouté le 2006-03-17 , consulté 373 fois

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